Deux exemples d'introduction de dissertation philosophique

Publié le 20 Septembre 2011

 

INTRODUCTION : LE TRAVAIL N’EST-IL QU’UNE CONTRAINTE ?

 

-Historiquement, les Grecs témoignent du refus de la soumission à cette dure contrainte du travail: seuls les esclaves travaillent et sont souvent considérés comme des instruments animés… Hors de question pour un homme libre de se mêler de cette activité servile par définition. Par ailleurs, l’étymologie même du mot travail fait référence à un instrument de torture qui donnera lieu par la suite à un sens bien négatif, celui d’une pénibilité, d’une peine ou d’un effort. Contraints par la recherche de la satisfaction de nos besoins physiques, voire de nos désirs, condamnés religieusement au labeur pour le rachat du péché originel, prioritairement socialisés par cette activité, gênés dans notre aspiration au moindre effort par l’agitation que le travail suppose, nous l’éprouvons souvent comme un obstacle à notre liberté, un mal nécessaire, un simple moyen imposé par notre nature biologique ou la société qui distribue à chacun les fonctions. Chaque individu est donc celui qui, dans une perspective ou dans une autre, rencontre ou rencontrera le travail comme l’instrument de son aliénation, de son exploitation et de la limitation même de sa liberté. Par conséquent, il semblerait bien qu’il soit en lui-même et dans un premier temps, une contrainte qui empêche tout choix de vie indépendant. Soumis aux règles du monde social et économique de notre activité professionnelle et insérés dans un tissu de relations hiérarchiques incontournables, condamnés à un temps libre qui ne vise qu’à reconstituer nos forces, attachés à la nécessité biologique de notre maintien en vie, nous subissons le travail comme liberticide. Notre libre arbitre ne peut donc s’exercer sans pression dans la sphère du travail.Mais paradoxalement, il a évolué et dans l’histoire, les revendications pour le transformer ont fait progresser sa perception. Si le travail exige toujours des efforts, ceux-ci peuvent être aussi le fruit d’un investissement du travailleur dans une activité dont il espère tirer des bénéfices qui ne se réduisent pas au seul salaire ou à une récompense matérielle : estime de soi, prise de conscience des facultés de l’individu dans un travail pensé dans sa dimension anthropologique, réalisation d’un pour-soi grâce à la transformation des matériaux naturels de l’en-soi, valorisation d’un sens de l’existence au cœur de la société à laquelle on veut prêter service sont aujourd’hui les caractéristiques d’un travail qui perd son attribut de pénibilité. Cependant, cette signification, nettement plus positive, est à gagner dans un processus de libération où l’objectif est de se réapproprier le travail défini comme étant à la disposition des hommes.

Mais le travail, rapidement synthétisé dans deux de ses définitions reconnues, comme activité de transformation de la nature, ou comme activité de production socialisée dont la valeur est fixée par un salaire ou un échange, ne se réduit-il pas uniquement à un instrument d’aliénation, d’exploitation qui nie toute possibilité à l’homme d’être libre et donc de disposer d’une manière autonome de lui-même ?

 

BRUNO GUITTON

 

INTRODUCTION: LE TRAVAIL PRIVE-T-IL L'HOMME DE SA LIBERTE ?

 

Le travail est considéré par la majorité d'entre nous comme aliénant, oppressant, et contraignant. Il impose des horaires, nous inscrit dans une hiérarchie, et ne nous laisse que peu de temps personnel, temps d'ailleurs appelé temps libre. Cette vision négative d'un travail liberticide semble d'ailleurs confirmée par son étymologie tripalium qui désignait en latin un appareil formé de trois pieux et destiné à entraver le mouvement des chevaux afin de les ferrer. Par la suite, ce même instrument fut utilisé comme un instrument de torture. Ainsi peut-on dire que le travail est historiquement une activité qui limite l'homme à sa pure définition de producteur, le rendant servile, comme d'ailleurs le pensaient les Grecs et les Romains pour qui seuls les esclaves, véritables choses animées devaient travailler. Ici, l'homme est un citoyen libre qui consacre son existence à la politique tandis que l'esclave est un instrument de transformation de la nature, dépendant de celle-ci et de la volonté de son maître. Dans une perspective religieuse, il est imposé comme un châtiment qui nous contraint à une vie de labeur (Cf. Genèse 31,9). Dans une pensée plus actuelle, il est instance de socialisation pour neutraliser notre originalité et notre tendance à vivre selon nos désirs et notre volonté propre. L'individu, en effet, est l'ennemi du travailleur et il faut donc l'éliminer au profit d'un être socialisé par sa place au cœur de l'appareil de production. Concrètement, on ne peut faire ce que l'on veut puisque le travail est là pour nous insérer dans un groupe avec toutes les contraintes que celui-ci possède. D'ailleurs, des siècles de lutte sociale semblent indiquer que l'on veut y échapper ou affaiblir la charge qu'il fait peser sur nous. Mais si cette vision est majoritairement partagée, elle n'est pas la seule. Certains affirment qu'il peut épanouir l'individu, lui conférer une estime de lui-même, développer ses relations et enrichir sa pratique et ses connaissances, fruits d'une volonté libre de le vivre positivement en faisant les études adéquates, en le réfléchissant et en l'orientant dans la direction d'une autonomie responsable. De plus, il semble produire une forme de la conscience humaine en parvenant à humaniser la nature comme s'il était une caractéristique essentielle de notre espèce comme homo faber.

Alors, cette contradiction nous engage à penser ce problème important: le travail, c'est à dire cette activité de production des biens et des services rémunérée par un salaire, est-il nécessairement aliénant, enlevant à l'homme toute possibilité d'autonomie, d'exercice de son libre arbitre ? Est-il facteur d'esclavage ou au contraire d'une véritable émancipation de notre dépendance à l'égard de la nature ? Mais au fond, la problématique nous demandera de prendre position sur ce qu'il est vraiment: une activité de l'homme qui finit par le dépasser à cause de sa structuration dans le monde économique capitaliste et technologique ou l'expression de son intelligence et de sa volonté de progrès?

 

BRUNO GUITTON

 

Rédigé par Bruno Guitton

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